Chroniques des oiseaux bavards

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Mercredi 24 juin 2009
Ce matin, nous étions neuf à décider, en moins de temps qu'il n'en faut pour le penser, d'enfiler nos maillots de bains pour inaugurer les lacs de Savoie. Nous étions neuf, mais sept d'entre nous avaient moins de huit ans. Evidemment.
Et j'étais moi aussi une enfant, cheminant sans me lasser le moins du monde. Au lac, la quiétude était presque totale. Un dialogue silencieux s'est établi avec celle qui accompagnait ma journée. Toutes les deux et tous ces bambins autour qui riaient, couraient, mangaient, se poursuivaient, jouaient avec l'eau et le sable, groupés parfois ou en binôme d'âge le plus souvent.
Je n'avais besoin de rien, nulle nostalgie n'est venue traîner dans mon âme, aucun chagrin dans mes souvenirs, pas de trace d'appréhension dans ma vision du lendemain. C'est la magie de fréquenter des enfants débordants de joie de vivre qui permet cela. Leur respiration est un chant d'amour à la vie. Peut-être que toujours, comme ce moment passé au lac avec eux tous, le présent me suffira, sans vains désirs, ni spéculations sur l'avenir, ni appétits inutiles.
Ce fut un mercredi gai et optimiste, d'une aimable indolence. Il a flotté cette ambiance extraordinaire dans l'air estival, une sensation de vacances sans fin et de liberté inconditionnelle. Alors doucement s'installe la joie sauvage, simple et animale d'être.  

 

 

 


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Lundi 22 juin 2009
Le soleil se lève, c'est comme s'il sortait de son immense lit bleu après une longue nuit d'amour. Moi, je n'ai rien vu, mais elles me plaisent ces nuits d'amour du ciel et du soleil. J'avance. Parfois, la vie me précède, me tirant et me portant, allègre, douloureuse, inconsciente. D'autres fois, c'est moi qui montre le chemin, très sûre de moi, et je choisis mes caps, et je regarde, cours, dors, découvre et m'exalte de tout ce qui m'attend. Nous allons main dans la main, ma vie et moi, moi et ma vie. Je la prends par la main pour partir avec elle. Un nouveau cap s'est offert à moi et je l'ai suivi. La vie est une chose terriblement importante qu'il ne faut pas gâcher ni vivre à demi. Pendant une année, mes joies et mes tristesses couraient sur ce blog sans craindre les jugements. Pourquoi aurai-je eu peur ? Maintenant, je n'ai plus de temps pour laisser aller mes doigts sur le clavier à raconter le quotidien. Maintenant, le quotidien est à vivre si intensément que je n'ai plus de temps pour ces après-midi lents qui me laissaient tout le loisir de m'étaler.  La création est ailleurs. J'avance vite, très vite. Je sens en moi comme une faim de vivre et je ne me contente pas d'être ni d'exister. Je crois découvrir que nous manquons tous de courage. Le courage d'être ce qu'on voudrait être. Le courage d'être sincère. Et simple. Et fort. Le courage de construire. Et de dévaster. Et de détruire. Le courage de ne pas être d'accord et de le déclarer. Et de protester. Et de renoncer. Je reprends le travail hors de la maison à temps plein. Je ris avec les enfants, je les promène dans la vie. On voit du monde. Beaucoup de monde. Gaspard est à l'école avec son frère, avec sa soeur. Cette école qui n'est pas que ça, qui est bien plus que ça. Et même, je trouve l'audace de laisser mes instincts se manifester, sans masques ni déguisements. 


Texte inspiré par les cahiers de Julio Villar "un million d'étoiles"
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Jeudi 16 avril 2009
Gaspard : "Tu vas à une réunion ce soir aussi maman ? Mais c'est quoi une réunion ?"

Malo : "c'est des gens qui discutent ensemble et expliquent pourquoi il faut pas polluer la planète."

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Jeudi 19 mars 2009
Merci de vos messages.... Je vais bien, et les oisillons aussi. Malo a soufflé ses 5 bougies, dans la joie. Il dit : "Romane c'est ma femme et Uma c'est ma copine amoureuse." Il demande du "gratin de chinois" pour que je lui prépare un bon gratin dauphinois, et il est très content ! Gaspard grandit, il dit : "maintenant, j'ai assez bu le lait de maman, je veux boire du lait dans le verre". La miss Anna vit sa vie de fille avec ses copines et se fait des couettes tous les matins !

Je travaille à l'extérieur de la maison, et cette nouvelle activité me prend beaucoup d'énergie. Alors, évidemment, je manque de temps. Alors. Je me centre sur eux, sur moi. Surtout sur moi, avouons le, mais ça me fait un bien fou !

Qu'est ce que c'est que ce boulot, hein ? Je coordonne la campagne électorale
d'Europe Ecologie en Savoie pour les élections européennes de juin prochain.

Je reviens bientôt, je pense à vous tous.




 
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Mardi 24 février 2009
Nous y voilà, nous y sommes.

Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé.

Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.Certes.

Mais nous y sommes. A la Troisième Révolution.

Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie. « On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.

Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse).

Sauvez-moi, ou crevez avec moi.

Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance. Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.

Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est –attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille- récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés). S’efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d’échappatoire, allons-y. Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être. A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.

A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

Fred Vargas
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Dimanche 22 février 2009
Un dimanche de veille de rentrée neigeux... c'est un dimanche en pyjama clôturé par une soirée crêpes.

Et cette perle au petit déjeuner :

Anna à Malo : "Plus tard, tu vois, je serai potière et comédienne."

Malo à Anna : "Et bien moi, plus tard, tu vois, je fabriquerai des bombes écologiques qui feront comme de grands arbres sur la terre."




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Vendredi 20 février 2009
Au mois de février, certains quittent leur quotidien... Ils sortent du haut des placards les valises qui n'attendaient que ça, tout en dressant l'inventaire des effets indispensables à chacun pendant ces jours de voyage... Pour cette fois, nous étions de ceux qui restent. Alors nous décidions de planter par ci par là quelques graines au théâtre des joies et des amis, au grès de nos journées. Quelques petites graines que ni la neige ni la pluie n'auraient le droit d'empêcher de germer. Je prenais sur moi autant que possible pour apprivoiser et tenter de comprendre Malo particulièrement imprévisible et exigeant ces temps ci...
Alors que demain ou presque sonnera déjà l'heure de la fin des réveils tranquilles et des petits déjeuners à rallonge, je peux d'ores et déjà affirmer que ces congés à la maison se comptent parmi les meilleurs, parmi les plus riches de sens et d'amitié.

Nous avons adopté non pas un mais deux petits cochons d'inde de peur qu'un seul ne finisse par s'embêter. A eux deux, Nuage et Tempête ne trouveront jamais le temps long ! Ces petits animaux ont passé de grands moments de découverte et de câlins avec les enfants. Nous avons retrouvé des amis, invité des copains à venir remplir la maison de leurs rires et de leur joyeuse humeur. Nous avons cuisiné et chanté, fait de la luge et des bonhommes de neige, improvisé des promenades. Nous avons regardé nos dessins animés favoris, joué dans le jardin à concocter d'excellentes soupes d'herbe et de boue, pris nos premiers goûters de l'année au jardin aussi... Nous avons célébré comme de bien entendu le retour des premières pousses et des primevères. Nous avons été émus par la naissance d'Anatole, le petit cousin. Nous avons fait de la peinture, de la poterie et de la pâte à modeler. Nous avons brossé les chevaux, ri avec les cochons, cajolé les bébés lapins. Nous sommes montés sur le dos de l'âne Pépito, et presqu'en haut de l'arbre, nous n'avons pas oublié le convoi de brouette...

Nous avons même pris le temps de ne rien faire...
 


 


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