Chroniques des oiseaux bavards

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Dimanche 16 mars 2008
On rêvait de quitter la grande agglomération polluée pour une maison et du terrain. Un air de campagne pas trop éloigné d'une ville moyenne pour être cohérents avec nos choix de vie, pour minimiser notre empreinte sur cette terre. Les prix nous ont ramenés à la réalité. Nous étions désespérés. Puis, la chance a ouvert une brèche vers une opportunité à saisir presque sans réfléchir : une maison de lotissement. Une maison avec ses cinq chambres et son horrible carrelage blanc dans la grande pièce de vie. Mais une Maison, et avec deux jardinets. Une maison au milieu d'un minuscule lotissement à quelques pas de la vraie campagne, un lotissement comme un village replié sur lui même, avec ses treize maisonnettes mitoyennes, sa place commune autour de laquelle la vie de tous s'écoule. Les enfants de moins de sept ans en sont les rois. Ils sont douze à fréquenter la même école, à grandir tous ensemble. Vous l'aurez compris au fil de ce blog : c'est le plus souvent chez nous qu'ils se retrouvent.

Ce lotissement est une école de la tolérance. Une école de la vie au quotidien avec les autres, ces gens si différents de nous, avec qui on ne partagerait rien si l'on était voisins. On se distingue les uns des autres. Les dissemblances peuvent être saisissantes, un fossé. C'est souvent pénible, même compliqué, parfois c'est embarrassant ou délicat. Jamais incompatible. On vit tous ensemble, on n'en a pas le droit. Pas assez collectif à mon goût, mais nous sommes tous si contrastés. Je peste, rageuse, de ne pas avoir une tanière selon mes souhaits véritables, de devoir toujours composer avec le voisinage si présent, de ne pas avoir de cerisier, un potager. Mais je mesure notre bonne fortune aussi : presque la campagne et si près de la ville. Pourtant.

Il y a celui qui tond sa pelouse à l'heure de la sieste, et l'autre qui gare sa grosse voiture n'importe comment. Les amis de ceux là qui roulent trop vite sur les voies communes mettant en danger la vie de nos enfants. Le papi qui pulvérise si gentiment notre arbuste de roundup afin qu'il pousse mieux, débarrassé des petites bêtes. Et ces parents qui enferment leurs bambins dans le garage pour leur apprendre à obéir mais qui sont tellement aimables alors qu'ils nous apportent des gâteaux parce qu'ils en ont trop cuisiné. Le chat de ceux là qui prend notre jardin pour sa caisse. Celui qui aime parler des autres. Et il y a ceux qui promettent une fessée si "tu ne rentres pas tout de suite", "si tu n'écoutes pas Papa". Et bien sûr cette famille discrète de la maison du bout qui ne parle à personne. Ceux là qui se disputent si fort que les vitres en tremblent. Ceux qui divorcent. Et encore celui qui pêche et nous régale de brochets succulents. Ceux qui boivent l'apéro (avec nous, toujours partants !) pour n'importe quel prétexte. Il y a, chaque année au mois de juin, la fête du lotissement. Alors, enfin, on sort toutes les tables, les chaises, et les spécialités culinaires, le vin coule à flot. Les plus heureux sont les enfants : eux, ils adorent leur lotissement.  

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par La Hutte aux Pies publié dans : 1 + 1 = 3
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