Elle n'aime pas l'école. Depuis sa toute première année de maternelle, elle prend le chemin des écoliers à reculons. Elle pleure dans mon cou, s'agrippe à mon bras.
Je ne veux pas, maman, je ne peux pas. Il parlent trop fort, font trop de bruit, la maîtresse crie, et elle punit. Moi, j'ai besoin de ma maman. Alors. Je m'agenouille et la serre fort contre
moi. L'enseignante agacée demande sur un ton incisif : qu'est ce qu'il se passe ? Il faut la laisser. Et, comme si elle s'adressait à moi seule, je perds ma
contenance, totalement infantilisée par ses mots. Je me tasse un peu plus, ma fille au creux des bras. Alors. Je baisse les yeux. Enfin, je me ressaisis. Je fais front, et la protège, comme
toujours : "Anna est fatiguée. Comme je ne pars pas si elle pleure, je vais la ramener avec moi aujourd'hui encore". Alors. On refait à l'inverse la route si redoutée, je sens son coeur léger. Je ne quitte pas mon enfant en larmes, mon enfant qui m'appelle. Devrais-je la confier dans cet état ? Partir,
sans même me retourner, me dire que tout ira bien même si je n'en crois rien ? Je ne pourrai pas.
Sa main dans la mienne, je suis perdue sur le chemin de l'école. Que faire ? On me parle de l'importance de la notion d'effort, de tous ceux qui, aujourd'hui, remercient leurs parents de les avoir
forcés, enfants, à jouer du violon. Apprendre à se surpasser, pour mieux affronter les moments de déroute. Mais. Je ne pourrai pas la quitter désespérée. Et je vois le spectre de la primaire se
profiler, quelques mois encore avant le grand plongeon. Alors ?
Vos petits mots