Elle n'aime pas l'école. Depuis sa toute première année de maternelle, elle prend le chemin des écoliers à reculons. Elle pleure dans mon cou, s'agrippe à mon bras.
Je ne veux pas, maman, je ne peux pas. Il parlent trop fort, font trop de bruit, la maîtresse crie, et elle punit. Moi, j'ai besoin de ma maman. Alors. Je m'agenouille et la serre fort contre
moi. L'enseignante agacée demande sur un ton incisif : qu'est ce qu'il se passe ? Il faut la laisser. Et, comme si elle s'adressait à moi seule, je perds ma
contenance, totalement infantilisée par ses mots. Je me tasse un peu plus, ma fille au creux des bras. Alors. Je baisse les yeux. Enfin, je me ressaisis. Je fais front, et la protège, comme
toujours : "Anna est fatiguée. Comme je ne pars pas si elle pleure, je vais la ramener avec moi aujourd'hui encore". Alors. On refait à l'inverse la route si redoutée, je sens son coeur léger. Je ne quitte pas mon enfant en larmes, mon enfant qui m'appelle. Devrais-je la confier dans cet état ? Partir,
sans même me retourner, me dire que tout ira bien même si je n'en crois rien ? Je ne pourrai pas.
Sa main dans la mienne, je suis perdue sur le chemin de l'école. Que faire ? On me parle de l'importance de la notion d'effort, de tous ceux qui, aujourd'hui, remercient leurs parents de les avoir
forcés, enfants, à jouer du violon. Apprendre à se surpasser, pour mieux affronter les moments de déroute. Mais. Je ne pourrai pas la quitter désespérée. Et je vois le spectre de la primaire se
profiler, quelques mois encore avant le grand plongeon. Alors ?
Que dire, si ce n'est que je n'ai jamais eu ta douce force, celle d'ouvrir les bras pour l'envelopper et repartir... Qu'il était le premier, que j'avais des principes, que j'avais presque intégré (pour une fois bonne élève) que c'était sans doute de ma faute s'il pleurait chaque jour et puis chaque soir, rien qu'à l'idée d'y retourner... Il était seul, sans ami, sans activité qui l'intéressait... Il a erré de classe en classe jusqu'à présent, jusqu'à cette sixième où il a encore des chagrins qui sont des océans et qu'il veut toujours traverser seul... Son saut de Cp n'a pas changé grand chose. Ni pire, ni mieux. Il n'aime pas l'école... Il la subit.
Anna s'ennuie sans doute, elle aussi. La grande section, comme les années de "maternelles" (quel mot !!), sont dans la répétition bruyante. L'apprentissage de la lecture et le changement de rythme de la rentrée prochaine changeront peut-être sa vision de l'école ? Elle apprendra enfin (peut-être ???!!!)... Une chose est certaine : elle n'oubliera jamais le parfum de ton cou qui se baissait vers elle quand elle avait du chagrin , un vrai chagrin que tu n'as pas piétiné...
Comme tu racontes cela...
J'ai envie de croire qu'Anna s'ennuie à l'école tout simplement, que le passage en CP changera quelque chose. Mes années de maternelles, je ne m'en souviens pas. Mais ma maman m'a raconté que j'étais très souvent malade et que, lorsque l'heure de la sieste était terminée, je continuais à dormir si bien que la maîtresse n'osait pas me réveiller. Quand je suis arrivée au CP, envolées les angines ! Quant à la sieste, il n'en était plus question, alors...
J'ai toujours aimé me rendre à l'école, mais souvent je me dis que si l'un de mes enfants s'y sent mal, n'y trouve pas sa place, alors nous ferons l'instruction en famille.
Je te trouve très forte face à la prof, pleine de bienveillance pour ta puce de la reprendre contre toi pour le chemin du retour.
J'espère qu'en classe de CP, elle aura une nouvelle vision de la classe ton Anna.
Ce qu'on attend des mots ne sont pas qu'ils aient un style mais qu'ils touchent, là où la vie s'emmitoufle. Tes mots touchent et j'aime comme ils sonnent... Je viens de lire ton commentaire chez Angèle et j'ai beaucoup aimé. En manière de dire, il n'y a ni mieux, ni pire, juste du juste... Moi, j'aime comment tu dis vrai !
Après un frère qui n'aimait l'école que pour les copains et une soeur qui s'y épanouit, je n'ai pas tout de suite compris qu'il ne s'agissait pas d'un caprice ou d'un attachement trop fort. Tous les jours, elle me demandait pourquoi fallait-il aller à l'école alors qu'elle voulait rester avec moi.
Ce n'est pas une rebelle alors elle est devenue mélancolique et triste et c'est en traînant les pieds qu'elle a subi la scolarité. Elle a refusé de sauter une classe et nous avons respecté son choix.
... Et puis, elle est entrée cette année en 6ème dans un collège privé avec d'autres enfants, d'autres cours, d'autres adultes. Elle est très encadrée sur le plan scolaire mais aussi humain (tai chi chuan, théâtre, voyages, ...). Sa différence est appréciée et mise en avant. On la respecte pour ce qu'elle est et ce qu'elle fait. Et enfin, enfin, elle y court chaque matin avec entrain.
Alors il existe sûrement quelque part un endroit pour ce magnifique sourire !
Anna s'ennuie sans doute, elle aussi. La grande section, comme les années de "maternelles" (quel mot !!), sont dans la répétition bruyante. L'apprentissage de la lecture et le changement de rythme de la rentrée prochaine changeront peut-être sa vision de l'école ? Elle apprendra enfin (peut-être ???!!!)... Une chose est certaine : elle n'oubliera jamais le parfum de ton cou qui se baissait vers elle quand elle avait du chagrin , un vrai chagrin que tu n'as pas piétiné...