Chroniques des oiseaux bavards

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Jeudi 27 mars 2008
La délicieuse sensation de sentir sa main dans la mienne pour toute une journée. Ses yeux qui pétillent à cette idée. Pas de pleurs du bébé, pas de sollicitations au mauvais moment, pas d'interruption de nos conversations. Ma joie de m'occuper seulement d'elle. Le plaisir infini de s'échapper ensemble. S'enfuir pour quelques heures, voler ce temps à notre vie de famille. Grimper dans la voiture, heureuses et excitées de concert, comme on partirait en vacances. Lui donner le choix du lieu et de l'emploi du temps. Nous irons donc dans la grande ville, flâner dans les rues, battre le pavé en sautillant, prendre le tramway, saluer des amis. Et bien sûr, nous prendrons les bulles ! Garder à l'esprit le merveilleux bonheur de notre intimité retrouvée, renforcer ce fil solide mais invisible qui nous lie étroitement, et qui a toute la place pour aujourd'hui. C'est si rare. On recommencera, dis ? Oui, et comment !


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par La Hutte aux Pies publié dans : Anna ... Na !
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Dimanche 23 mars 2008
Nous avons choisi, et elle fréquentera une nouvelle école. Une école à la campagne, sur la montagne en face de la maison, à 15 minutes de voiture. Une école comme en famille, dans une grande bâtisse, avec un jardin fleuri, un potager, des cabanes dans les arbres, un bassin et sa fontaine, des jeux pour grimper. Cette petite école Montessori, qui l'a, en quelques jours déjà, complètement métamorphosée. Pas un pleur dès le second jour. C'est moi qui écrasais une larme de soulagement. Toute cette pression accumulée, ces 3 années passées à redouter le lendemain matin quand il faudrait lâcher sa main. Là bas, elle se sent bien, elle est chez elle, elle a trouvé un début d'équilibre. Apaisée et sereine, elle n'a plus peur de la suite, ne demande plus avec anxiété : est ce que je dois aller a l'école aujourd'hui ? Elle est heureuse de partir jusqu'au soir, elle mange avec les autres, elle sait que la cuisinière connaît son intolérance, elle a confiance. Je la retrouve gaie, bavarde comme un pinson, toute sautillante. Elle raconte sa journée avec passion, ce qu'elle n'avait jamais fait. Elle apprend à coudre, et elle est très fière. Dans cette école, elle a des amis de son âge, elle n'est plus agrippée à l'adulte. Il y a aussi les grands, ceux qui sont en primaire, ils font attention aux plus petits, et elle les observe, pour les comprendre. Et même s'ils sont bien plus de garçons que de filles, elles forment ensemble un tout petit groupe privilégié, affirmant d'autant plus leur féminité.

Son petit frère s'inquiète : Mais, je ne vais pas aller à l'école Favori, moi, hein maman ? J'ai mes copains dans mon école, et à l'école Favori, les grands me font peur ! Non, sois tranquille, ta vie ne changera pas.

Il faudra jongler avec les horaires, s'habituer aux trajets en voiture, s'arranger avec les copains. Il faudra surtout consentir à cet effort financier que nous assumerons difficilement, qui nous donnera peut-être bien des tracas. Mais, son sourire rayonnant le vaut bien, sa bonne santé n'a pas de prix, sa joie de vivre est un trésor, et le calme, enfin, retrouvé.

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Jeudi 20 mars 2008

Anna, de retour de sa journée d'essai à l'école Montessori : Maman, dans cette école, les gens pensent comme moi. Je n'ai jamais été aussi heureuse de ma vie.

 

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Lundi 17 mars 2008
Comme je l'ai redouté tout le week-end, la demoiselle en pleurs ce matin a encore fait l'impasse sur l'école.  Et puisque je n'ai pas l'énergie pour la laisser sur le banc avec ses larmes, ni pour assurer l'enseignement à domicile, j'ai expliqué que l'école était obligatoire, et qu'on devait trouver une solution acceptable pour tous.

Je demande :  "Qu'est ce que tu voudrais, pour te donner envie d'aller à l'école ?"
Et la demoiselle me répond, très sérieuse : "Mais maman, c'est très simple. J'aimerais aller à l'école des loisirs."

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Jeudi 13 mars 2008
Ce matin, il régnait une ambiance joyeuse, les coussins du salon volaient, Anna et Malo enjoués couraient pour s'habiller de concert, Gaspard les observait rieur. J'appréhendais de sonner le glas du départ pour l'école. J'ai laissé le temps s'écouler le plus loin possible pour préserver, quelques instants encore, ce chaud climat d'insouciance. Et puis. Larmes de crocodiles à la porte, au moment de mettre la veste et les chaussures. Je m'en suis sortie par une pirouette, en lui proposant d'apporter avec elle, de garder tout contre elle, au fond de la poche, un fétiche secret à caresser si besoin pendant la matinée. Une amulette pour lui donner confiance, un talisman comme un lien palpable entre nous dans la séparation. Une bague en résine de maman, une bague toute colorée.
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Mercredi 12 mars 2008
Elle n'aime pas l'école. Depuis sa toute première année de maternelle, elle prend le chemin des écoliers à reculons. Elle pleure dans mon cou, s'agrippe à mon bras. Je ne veux pas, maman, je ne peux pas. Il parlent trop fort, font trop de bruit, la maîtresse crie, et elle punit. Moi, j'ai besoin de ma maman. Alors. Je m'agenouille et la serre fort contre moi. L'enseignante agacée demande sur un ton incisif : qu'est ce qu'il se passe ? Il faut la laisser. Et, comme si elle s'adressait à moi seule, je perds ma contenance, totalement infantilisée par ses mots. Je me tasse un peu plus, ma fille au creux des bras. Alors. Je baisse les yeux. Enfin, je me ressaisis. Je fais front, et la protège, comme toujours : "Anna est fatiguée. Comme je ne pars pas si elle pleure, je vais la ramener avec moi aujourd'hui encore".
Alors. On refait à l'inverse la route si redoutée, je sens son coeur léger. Je ne quitte pas mon enfant en larmes, mon enfant qui m'appelle. Devrais-je la confier dans cet état ? Partir, sans même me retourner, me dire que tout ira bien même si je n'en crois rien ? Je ne pourrai pas.  
Sa main dans la mienne, je suis perdue sur le chemin de l'école. Que faire ? On me parle de l'importance de la notion d'effort, de tous ceux qui, aujourd'hui, remercient leurs parents de les avoir forcés, enfants, à jouer du violon. Apprendre à se surpasser, pour mieux affronter les moments de déroute. Mais. Je ne pourrai pas la quitter désespérée. Et je vois le spectre de la primaire se profiler, quelques mois encore avant le grand plongeon. Alors ?
 

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Jeudi 28 février 2008
Ce matin, au petit déjeuner, pendant le 7-9h30 de France Inter, Anna demande :

- C'est qui la dame Ingrid Bétan .. je-sais-plus-quoi, et qui est très malade ?

- C'est une femme, une française, qui est prisonnière. Elle est prisonnière depuis 6 ans, comme ton âge ! Elle est dans un pays où il y a la guerre et qui s'appelle la Colombie. Dans ce pays il y a une très grande forêt, une forêt plus grande que la France. Cette forêt est sauvage : elle est très difficile d'accès. Des militaires de ce pays font prisonniers des gens. Les prisonniers sont dans cette forêt, ils n'ont pas de médicaments, pas assez à manger, ils n'ont pas de maison non plus.  Les prisonniers sont des otages. Un otage c'est une personne que des gens font prisonnière pour pouvoir obtenir quelque chose en échange de sa libération. 

- Mais il faut absolument libérer la dame malade. Et la guerre c'est trop horrible, et surtout, je savais pas que ça existait en vrai. A l'école, pendant la récréation, les garçons jouent à la guerre et ils nous font prisonnières. Mais on se défend. De toutes façons, j'ai une idée : je pourrais écrire une lettre au Président de la France Nicolas Sarkozy, comme ça il téléphone à son copain le Président de la Colombie et il lui dit de libérer la dame, non ?


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par La Hutte aux Pies publié dans : Anna ... Na !
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