Chroniques des oiseaux bavards

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Jeudi 13 mars 2008
Ce matin, il régnait une ambiance joyeuse, les coussins du salon volaient, Anna et Malo enjoués couraient pour s'habiller de concert, Gaspard les observait rieur. J'appréhendais de sonner le glas du départ pour l'école. J'ai laissé le temps s'écouler le plus loin possible pour préserver, quelques instants encore, ce chaud climat d'insouciance. Et puis. Larmes de crocodiles à la porte, au moment de mettre la veste et les chaussures. Je m'en suis sortie par une pirouette, en lui proposant d'apporter avec elle, de garder tout contre elle, au fond de la poche, un fétiche secret à caresser si besoin pendant la matinée. Une amulette pour lui donner confiance, un talisman comme un lien palpable entre nous dans la séparation. Une bague en résine de maman, une bague toute colorée.
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Mercredi 12 mars 2008
Elle n'aime pas l'école. Depuis sa toute première année de maternelle, elle prend le chemin des écoliers à reculons. Elle pleure dans mon cou, s'agrippe à mon bras. Je ne veux pas, maman, je ne peux pas. Il parlent trop fort, font trop de bruit, la maîtresse crie, et elle punit. Moi, j'ai besoin de ma maman. Alors. Je m'agenouille et la serre fort contre moi. L'enseignante agacée demande sur un ton incisif : qu'est ce qu'il se passe ? Il faut la laisser. Et, comme si elle s'adressait à moi seule, je perds ma contenance, totalement infantilisée par ses mots. Je me tasse un peu plus, ma fille au creux des bras. Alors. Je baisse les yeux. Enfin, je me ressaisis. Je fais front, et la protège, comme toujours : "Anna est fatiguée. Comme je ne pars pas si elle pleure, je vais la ramener avec moi aujourd'hui encore".
Alors. On refait à l'inverse la route si redoutée, je sens son coeur léger. Je ne quitte pas mon enfant en larmes, mon enfant qui m'appelle. Devrais-je la confier dans cet état ? Partir, sans même me retourner, me dire que tout ira bien même si je n'en crois rien ? Je ne pourrai pas.  
Sa main dans la mienne, je suis perdue sur le chemin de l'école. Que faire ? On me parle de l'importance de la notion d'effort, de tous ceux qui, aujourd'hui, remercient leurs parents de les avoir forcés, enfants, à jouer du violon. Apprendre à se surpasser, pour mieux affronter les moments de déroute. Mais. Je ne pourrai pas la quitter désespérée. Et je vois le spectre de la primaire se profiler, quelques mois encore avant le grand plongeon. Alors ?
 

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Mardi 11 mars 2008
Pas envie de me mettre au fourneaux pour midi. Mais on est 8 à table, et puis aujourd'hui, on accueille une invitée de marque : la copine de Gaspard. Alors, je me devais de célébrer cette première fois. Mila, sans sa maman, Mila qui reviendra souvent avec tous les enfants. 

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Alors, top chrono, 10 minutes pour un festin, et quand on a 17 mois, on sait ce qui est bon :

- J'ai épluché les légumes rescapés de la tambouille des jours précédents : pommes de terre, navets, carottes, et fenouil.
- Je les ai fait cuire à la vapeur.
- Je les ai mis dans un plat à gratin.
- J'ai arrosé d'huile d'olive, j'ai salé un peu.
- J'ai ajouté des raisins secs, des graines de tournesol, de lin et de courge.

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- J'ai saupoudré de poudre d'amandes et de noisettes.

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- J'ai passé au four : 15 minutes pour dorer.

Et je n'oublie pas de remercier Elsa qui, sans même le savoir, a soufflé l'idée ...

Les enfants se sont régalés de ce plat tout simple et de qualité ! Un délice rapide, c'est pas beau, ça ? 
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Lundi 10 mars 2008
Allez comprendre pourquoi cet enfant là aime tant exhiber son organe buccal...  Mais c'est un fait : aujourd'hui Gaspard tire la langue et je prends les photos !

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Lundi 10 mars 2008
Le fleuron de la journée est annonciateur du début de soirée. Sans vouloir plaider la cause des crasseux, les enfants n'y ont pas droit chaque jour... C'est selon. On peut être bousculés par le temps, alors on fait l'impasse. Au mieux, une petite toilette de chat suffira. Mais parfois, on décide que la soirée débutera tôt. On goûte un peu avant l'heure habituelle, et la banane se déguste en rondelles.
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Dans ce cas, la baignade durera le temps d'avoir les doigts tout fripés. Alors, ils s'en donnent à coeur joie : la quintessence de la rigolade c'est le moment du bain.
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Dimanche 9 mars 2008
Nous prenons la route, il fait presque chaud. Une petite pause dans une maison toute proche pour emmener par la main une copine, et nous voilà repartis. Nos pieds, alertes par ce bel après midi printanier, nous mènent à bon port. "Coucou", les 2 bises, une accolade en signe de joie de se retrouver. Nous arrivons, et c'est un havre de paix. Chez nos voisins, tout près de la maison, on se sent bien, tellement bien tous ensemble qu'on a plus vraiment envie de se quitter. Les jumeaux ont adopté Malo. Très fort. Et Anna s'en sort bien avec ces 3 brigands là. Dès le premier jour de maternelle, ils se sont élus. Il est des rencontres de grande valeur. Des enfants se choisissent, et comme par magie, les parents se trouvent des affinités, des ressemblances, des idées partagées. On est accueillis par des embrassades chaleureuses, des sourires lumineux, les cris de joie enfantine. Ils s'étaient tous quittés la veille, mais se manquaient déjà. Les petits tournent quelques secondes autour de nos jambes avant de s'enfuir vers leurs occupations. Ici, pas de violence du verbe, pas de brutalité des mots et des gestes. Des enfants écoutés, une vie simple, un beau jardin, quelques arbres fruitiers, un bac à sable, du thé à toute heure. Nous apportons le chocolat indispensable et des petits gâteaux.
Les enfants jouent. Le sable recèle des trésors enfouis. Dans leurs jeux, on peut ressusciter d'un doux baiser. Des chevaliers exubérants et des princesses confiantes s'inventent un château côté jardin. Ils se roulent dans l'herbe. Le plus petit fait de la balançoire. Le goûter prend une saveur toute particulière, celle de l'amitié. Tu seras mon copain pour toujours ? Oui, pour toujours !

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Samedi 8 mars 2008
Ils sont frère et soeur depuis bientôt 4 ans. Quand il est né, elle avait 22 mois, le diagnostic de sa maladie venait de tomber, elle naissait aussi. Elle découvrait enfin la vie, apprenait le bonheur de ne pas souffrir, celui de rire sans avoir mal. Elle s'ouvrait comme une fleur au printemps et attendait son petit frère avec une impatience non dissimulée. Dès sa naissance, elle l'a pris sous son aile. Elle l'a aimé et choyé. Alors très vite, il ne voulait qu'elle. Ces deux enfants se construisent ensemble, ils se soutiennent. Ils sont complémentaires en tout, et surtout, ils ont besoin l'un de l'autre. Chaque jour est une nouvelle démonstration de leurs rapports si intenses. Elle n'ose pas expérimenter sans lui. Il ne sait pas être heureux s'il la sent blessée. Parfois, ils se battent comme chien et chat, et mettent à l'épreuve leur belle fraternité. Pour mieux se retrouver.

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