Chroniques des oiseaux bavards

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Mardi 15 avril 2008
.... et de l'enfant aux yeux clairs qui savait où le trouver.




































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Lundi 14 avril 2008
Voici (re)venu le temps des éternelles remises en questions, toujours les mêmes, celles qui amènent aux discussions étalées, aux points qui n'en finissent plus de se soulever. Quand je donne une identité aux branches de mon arbre, il se demande où planter le sien. Alors que je me sens libre et sans attaches, il veut s'enraciner. Et comme mus par une inspiration commune, il ramène des arbres naissants de la campagne bretonne si chère à son coeur, celle qu'il aime tant, qu'il fuit et qu'il poursuit sans relâche. Des pruniers, des pêchers, tout un verger à planter dans son jardinet savoyard, cet espace trop petit dans lequel il étouffe. Son coeur lui dicte de retourner chez lui, où il est né, quand sa raison l'en empêche. Il vit tiraillé dans cette ambivalence. Je propose de le suivre là où son attachement le porte, comme un jour il l'avait fait pour moi, quand c'était primordial. Mais il doute. Je suggère de planter une bouture de ses racines dans les Alpes, pour multiplier les points d'ancrage, il se dérobe. Nostalgique peut-être d'un passé qu'on ne rattrape jamais, il n'aime rien tant que retrouver son clocher, mais ne sait pas s'il pourrait y être heureux aujourd'hui avec femme et enfants. Il apprend à connaître la Savoie, mais recule si elle lui tend la main, il ne peut entièrement se donner à elle, refuse d'être adopté. Il voudrait... Et puis non. Il confie ses craintes à livre ouvert, cette composante double qui l'empêche de se réaliser enfin, de rencontrer de nouveaux amis, de construire sa vie. Sur le chemin, il trébuche : Il avance mais ses yeux regardent ailleurs.







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Jeudi 10 avril 2008
Et la vie poursuit sa route, vaille que vaille, oubliant peu à peu le fatidique sablier, ce calculateur impénitent. Je préfère, impuissante, le maintenir en un lieu écarté, le condamner pour longtemps à la relégation et souligner l'essentiel, me centrer sur les fondamentaux, qui se jouent là, sous mes yeux encore sombres mais à nouveau délicieusement émus. Je suis seule avec eux pour quelques jours, alors, parce qu'ils sont les branches de mon arbre, je choisis de prendre le temps de les aimer, de ne nourrir ni celle ci ni celle là.
Anna rentre de l'école les poches pleines de petits papiers pliés, des petits mots comme des secrets qu'elle sait lire. Je sais lire, maman, je suis si fière de moi. Et je sais aussi parler anglais, hand et head, pig et fish. Malo me régale de ses acrobaties verbales, de ses pirouettes de mots, de son amour qui déborde. Gaspard marche chaque jour un peu mieux, son sourire est toujours celui d'un ange. Je mesure ma chance, et sa fragilité.    


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Mardi 8 avril 2008
Parce que les enfants comprennent tout, Malo dit à son papa sur le seuil de la porte, avant le départ : Tu vas aller en Bretagne pleurer avec les tontons, et tu verras ça va vous faire du bien de pleurer tous ensemble.



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Lundi 7 avril 2008
Elle l'a pris trop tôt, à un âge où elle ne devrait pas être autorisée à frapper, mais elle n'épargne personne et elle ne pardonne pas. A chacun une heure pour son trépas. Quelques secondes pendant lesquelles le sang n'a plus circulé comme il devait, quelques secondes à peine ont suffi pour qu'il s'effondre. Le temps de la chute, il n'était déjà plus de ce monde. Fauché en plein vol pour le dernier sommeil, emporté à 26 ans dimanche après-midi dans son village breton. La nouvelle se répand comme un éclair. Vision folle et surréaliste de la fin d'une existence tout juste entâmée. Se surprendre à penser ce qu'on dit toujours dans ces cas là, à quel point c'est injuste, comme c'était un garçon aimable. Et si doux. Se rappeler son visage poupin, ce sourire qu'il offrait toujours en cadeau de bienvenue.

Et surtout, vouloir être tout près de l'ami, celui qui reste, son frère aîné. Tenter d'imaginer la souffrance qui tord le ventre, le déchirement à l'intérieur, et ne pas pouvoir. Se connecter vers l'Afrique du Sud parce qu'Internet est un outil magique, brancher la webcam et le voir. Lui parler enfin, lui dire on est là juste à côté. Avoir envie de le serrer fort, lui dire je t'aime. Et même s'il n'y a pas de mots, lui dire l'iniquité de la vie.
Attendre qu'enfin il se laisse aller. Partager avec lui la peur de ce voyage à la rencontre de la mort de son petit frère, la douleur de son retour, de cette semaine qui s'annonce, des retrouvailles terribles avec les siens. Lui dire qu'il a le droit de pleurer, qu'il a le droit de hurler, de frapper et ensemble maudire le sort. Lui dire qu'on part aussi pour la Bretagne. Qu'il ne sera pas seul, qu'ils seront tous là, cette incroyable bande d'amis, réunis pour la seconde fois autour de la perte d'un des leurs. Lui dire, oui, bien sûr qu'après la vie va recommencer, qu'on rigolera et qu'on boira des apéros, parce qu'on a le droit de vivre après ça, avec Jérôme juste là dans nos coeurs.




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Vendredi 4 avril 2008
Ils ont un rituel et je n'ai pas mon mot à dire.
Parfois, les petits le guettent derrière la fenêtre, ils trépignent d'impatience. Enfin, laisser le champ libre à leurs débordements d'énergie. Ils ne lui accordent aucun répit : à peine a-t-il tourné la poignée, passé sa tête dans l'entrebâillement qu'il sait reconnaître si ce soir ils en ont besoin.
Parfois, ils improvisent. A la sortie du bain, les deux aînés se jettent sur le lit, sautent sur les couvertures, se chamaillent comme une portée de chiots. Depuis peu, ils sont trois : après les avoir observés de longs mois, après avoir exprimé sa joie de loin, Gaspard à décidé de s'associer à leurs mêlées. Tôt ou tard, un quatrième drille les rejoint, ça ne manque jamais, pour le plus grand bonheur de tous. Je les entends alors crier et, hilares, inventer des mots curieux pour leurs batailles.
Finalement, je ne sais lequel des combattants du rire prend le plus de plaisir. A bien y réfléchir, c'est peut-être le père.




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Mercredi 2 avril 2008
Au repas ce midi, Malo mange les jambes repliées, les genoux à la hauteur du menton. Je lui demande de placer ses jambes sous la table, s'il te plaît, assied toi correctement pour mieux digérer.

Malo rétorque très sérieux, mais c'est impossible maman, mes genoux ont peur du noir !



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